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Le 22 février, l’Intercentrale nationale composée de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) et l’Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG) a lancé un avis de grève de 5 jours, allant du 27 février au 3 mars sur toute l’étendue du territoire national.
En toile de fond, l’Intercentrale réclame dans son préavis de grève du 10 février, l’arrêt de la dépréciation du Franc Guinéen face aux devises, la multiplication des salaires des travailleurs actifs par quatre, la réduction du taux de retenue RTS sur les salaires, l’application intégrale des dispositions du dernier protocole d’accord signé entre le gouvernement Guinéen et l’inter syndicale de l’Education en 2004, le relèvement du niveau de la pension des retraités et leur paiement régulier dans la dignité, la prise en charge salariale de tous les fonctionnaires légalement recrutés et affectés dans les départements, la prise en charge de tous les avancements en grade et échelon des fonctionnaires pour 2003 et 2004 et, l’homologation et le contrôle efficace des prix des biens de grande consommation par voie de négociation tripartite (Gouvernement, Syndicat et Patronat).
L’Inter centrale CNTG-USTG a également insisté sur la promotion de l’emploi, la protection sociale, le renforcement du dialogue social bi et tripartite, le respect des libertés et droits syndicaux. Selon l’Intercentrale, 55% du budget 2006 sont consacrés au remboursement de la dette « qui n’a apporté aucune amélioration aux conditions de vie des travailleurs ». Le manque d’accès aux services de base, la hausse de prix des denrées de première nécessité et des produits pétroliers, qui sont entre autres des maux que dénonce l’Intercentrale.
Le 15 février, le Premier ministre Cellou Dalein Diallo, a reçu à la Primature, les centrales syndicales pour une réunion d’information. Au cours de laquelle, l’Intercentrale CNTG-USTG a fait comprendre son souci de préserver les acquis des travailleurs et a demandé expressément l’arrêt de la dépréciation du Franc Guinéen.
Le 21 février, un meeting de sensibilisation des Représentants des fédérations syndicales professionnelles, des syndicats nationaux et des sections syndicales de base, animé par les deux Secrétaires généraux Hadja Rabiatou Serah Diallo (CNTG) et Elhadj Ibrahima Fofana (USTG) à la bourse du travail, a connu une grande mobilisation, et les délégués ont pris l’engagement ferme d’observer le mot d’ordre de grève, en restant à la maison, droit que leur reconnaissent la Loi Fondamentale, le Code de Travail et les conventions de l’Organisation Internationale du Travail (OIT).
Le 22 février, les négociations entre le gouvernement et l’Intercentrale, au ministère de l’Emploi et de la Fonction Publique échouaient par le refus du ministre Alpha Ibrahima Kéïra de se présenter, note le bulletin d’information N°5 de l’Intercentrale publié le même jour. Ce jour, le Patronat aurait également sué auprès des syndicalistes. Ainsi l’intercentrale a déposé cet avis de grève.
Une lettre circulaire du ministre de l’Emploi et de la Fonction publique N°18 du 21 février, adressée aux ministres, gouverneurs, préfets, maires et au conseil national du patronat intitulé « obligation de fonctionnement des services publics, nonobstant l’exercice du droit de grève » a donné du tonus à l’Intercentrale. Et, le contenu de la circulaire précisait que « tout fonctionnaire gréviste qui ne justifierait pas les liens juridiques entre lui et ces centrales syndicales par la présentation de sa carte d’adhérent et du reçu de paiement de sa cotisation syndicale, conformément à l’esprit dudit préavis de grève, s’exposerait à des sanctions disciplinaires et administratives, allant de la suspension de salaire, à la rétrogradation ou au licenciement pur et simple des effectifs de la fonction publique ».
Le 23 février, le conseil interministériel a mis en place un comité interministériel de négociation comprenant des ministres dont les trois en charge de l’Education (Sékou Décazy Camara, Ibrahima Soumah et Dénis Galéma Guilavogui), celui de la Santé (Amara Cissé), des Transports (Aliou Condé), du Tourisme (Hadja Koumba Diakité) et des Mines et de la Géologie (Dr.Ahmed Tidjane Souaré).
Le ministre Kéïra est sommé par celui-ci d’adresser cette lettre n°20 du 23 février aux secrétaires généraux des centrales syndicales CNTG et USTG, leur invitant à une réunion le même jour, au ministère des Mines et de la Géologie. Cette équipe gouvernementale attendra vainement, avant que l’Intercentrale ne lui adresse cette lettre réponse sur laquelle on peut lire ces exigences : « que la lettre d’invitation à cette réunion soit signée par un autre ministre membre du comité interministériel car l’Intercentrale ne reconnaît plus l’autorité de l’actuel ministre de l’Emploi et de la Fonction Publique, qui a délibérément violé les libertés syndicales consacrées par les lois nationales et les conventions ratifiées par l’Etat, que le ministre de l’Economie et des Finances, le gouverneur de la Banque Centrale et le conseil national du patronat, soient rajoutés au comité interministériel de négociation, et, que les séances de négociation aient lieu dans les locaux de la Bourse du travail où l’Intercentrale siège en permanence ».
Après moult tractations discrètes, le 24 février, une rencontre prévue à 10 heures entre les membres du comité interministériel de négociation et l’Intercentrale se tient au département des Mines et de la Géologie, mais un peu tard à 13 heures. En face des syndicalistes, l’équipe du ministre Aliou Condé dira avec une rare éloquence que « le gouvernement est préoccupé par la rupture de négociation avec les syndicats. Même si tout le monde est conscient de la dégradation inquiétante du pouvoir d’achat, la dépréciation du franc Guinéen et c’est pourquoi le Premier ministre s’est donné comme priorité le redressement de la situation macroéconomique nationale. Monsieur le Premier ministre a invité tous les Guinéens à se battre pour rétablir cette situation et c’est en vertu de ce combat qu’il avait sollicité de vous une trêve sociale. Actuellement le gouvernement attend la concrétisation d’un programme
L’Etat ou le temps de l’angoisse
Dimanche, 26 février. La troisième journée de négociation entre le comité interministériel et l’Intercentrale CNTG-USTG a été tendue. Prévue à 10 heures, sa particularité a été le respect de l’heure. Les délégués syndicaux arrivent avec la ferme décision sur ce ton impérial « tant que M.Ibrahima Kéïra ne quitte pas le gouvernement, il y aura la grève ». Un conclave préalable à une dizaine de minutes entre le gouvernement et le patronat ne décrispera cependant la situation.
Les négociations débutent avec une suspicion aux rangs des syndicalistes, mais la position inébranlable des délégués de l’USTG donne du tonus aux représentants des travailleurs. La secrétaire générale de la CNTG maintient sa modestie et sa peur de décevoir ses mandants
Puis que « les négociations piétinent, le gouvernement signifie sa disponibilité à homologuer les prix, de maîtriser l’inflation et propose la mise en veilleuse de l’augmentation des salaires « parce que la Guinée est très endettée. Et s’il faut augmenter les salaires, il faudra utiliser la planche à billets, ce qui n’est pas bon pour le pays ».
Une simulation du ministre de l’Economie et des Finances, M.Madykaba Camara ressort qu’en 2003 la masse salariale qui était 277 milliards de francs guinéens est passée à 332 milliards en 2004. La prévision de 2006 estime cette masse à 400,42 milliards. « Donc, aucune possibilité d’augmentation de salaire, cette année. » La position des syndicalistes demeure « il faut la satisfaction de nos points de revendications ». Le comité interministériel sollicite une pause pour concertation.
A la reprise, Aliou Condé qui a reconnu « que les syndicalistes ont changé leur stratégie » sollicite un protocole d’entente sur les points de revendication à satisfaire « pour qu’on parvienne à surseoir la grève ». L’intersyndicale refuse ! Le gouvernement sollicite une nouvelle pause !
Trente minutes plus tard, l’intersyndicale est rappelée à la table des négociations. Cette fois-ci le gouvernement dos au mur, menace de se retirer des négociations, et, l’Intercentrale exige la rédaction d’un procès verbal de retrait.
Les membres du gouvernement entament une autre entrevue avec le patronat. Pour faire naître la proposition d’exposer le projet de recrutement de 19 923 nouveaux travailleurs à un coût de 44,49 milliards de francs comme masse salariale annuelle. Les syndicalistes résistent et sont résolus à « l’augmentation des salaires comme point de départ pour lever l’avis de grève ».
Encore une pause de recréation ! Les membres du gouvernement reviennent avec le projet de mise en place d’un comité de négociation comprenant le patronat, l’Intercentrale et le gouvernement. Un accord sur ce point intervint aux environs de 18 heures 47. Le gouvernement et le patronat optent pour la tenue des négociations nuitamment. « Niet » oppose l’Intercentrale. Une crise naît au sein de l’Intercentrale. Les uns considèrent que le gouvernement a fait assez de concessions, qu’il fallait « lever l’avis de grève » tandis que d’autres, les enseignants, estimaient « qu’il faut faire goutter la grève au gouvernement quitte à suspendre la grève après ».
Les onze membres du gouvernement décident d’aller faire un compte-rendu au Premier ministre, Cellou Dalein Diallo. Il était 19 heures. A la Primature, Cellou Dalein Diallo décide qu’ils aillent faire le compte-rendu de vive voix au Chef de l’Etat qui attendait « le protocole d’entente » au petit Palais.
Comme pour rembourser au ministre Aliou Condé son écart de langage sur les journalistes qu’il avait fait chasser comme des malpropres, il y a juste une heure, Lansana Conté pique une colère et intime « qu’il ne veut pas voir un ministre dans la Cour du Palais ». Cellou Dalein est pris au dépourvu, mais ne désarmera pas.
Les membres du gouvernement sont convoqués pour une réunion d’urgence, à la Primature, à 19 heures 15. Denis Galéma Guilavogui, ministre de l’Enseignement élémentaire et membre du comité interministériel de négociation, « a été obligé de rédiger un communiqué demandant aux élèves de rester à la maison, le 27 février, et que les négociations sont en cours pour que la grève ne perdure ».Ce communiqué a été diffusé par la RTG.
A 20heures 30, les membres du gouvernement retrouvent l’intersyndicale au département des Mines et de la Géologie, leur « suppliant d’annuler la grève ». Une étude de la plate-forme de revendication a été engagée. Selon Aliou Condé « nous avons accédé à leurs doléances mais eux ne veulent pas reporter la grève alors qu’à partir du moment où certaines revendications ont été acceptées, l’avis de grève est suspendu de facto et on avait à négocier seulement le préavis de grève ».
Le point d’achoppement demeure la multiplication de salaires par quatre. Le ministre de l’Economie et des finances explique la récente augmentation des salaires pour janvier 2006. Les syndicalistes expriment « le sentiment de n’avoir pas été associés à la mesure et la méconnaissent ».
Le gouvernement s’engage à valoriser l’indice avec une application rétroactive et les syndicalistes disent « ne rien comprendre de cette procédure ». Les incompréhensions s’intensifient jusqu’à 23 heures 30 et une suspension est décidée à l’unanimité. Et la reprise des négociations est projetée pour le 27 février à 10 heures.
Le 27 février, la ville de Conakry est presque morte. L’ampleur de la grève inquiète le Parlement Guinéen qui a décidé « d’interpeller le gouvernement en sa session du 27 février », les ministres Aliou Condé et Madykaba Camara sont délégués « pour convaincre les députés ». « Nous avons interpellé le gouvernement pour la grève en cour. A cet effet il a délégué ces deux ministres » introduit l’honorable Aboubacar Somparé, président dudit Parlement.
Aliou Condé quant à lui, prévient « le gouvernement a trouvé que l’heure est grave ». Il charge les syndicalistes qui n’ont pas été invités par le Parlement. Madykaba Camara le relaye et soutien que « la multiplication des salaires par quatre cette année amènera la masse salariale à 1 200 milliards de francs guinéens contre 1 985 milliards de recettes ».
La dérobade de Kéïra
Le 27 février, la grève a été observée sur les 85% du territoire national, sans casse. Les élèves avaient été invités la veille par un communiqué du ministre Denis Galéma Guilavogui de « rester à la maison en attendant la fin des négociations » et le transport en commun n’a pas fonctionné durant toute la journée. Seules les sociétés minières gérées par RusAl ont poursuivi leurs activités productrices.
Cependant les négociations avançaient avant que « le discours incendiaire du Président du Parlement ne bouleverse les perspectives » et certains délégués syndicaux ont versé des larmes au siège de la CNTG, après l’écoute de la prestation du ministre Aliou Condé et du député Somparé.
Pourtant les parties étaient parvenues au choix des 56 négociateurs et la mise en place de trois commissions techniques chargées de la révision du code de travail, de l’examen du projet de relèvement de l’âge de la retraite de 55 ans à 60 ans. Ce discours du Président Somparé avait accéléré la remise en cause de ces acquis.
La suite a été catastrophique. Il y a eu casse et jet de pierres en haute banlieue. Des citoyens ont vu leurs véhicules détruits et dépouillés de tout leur contenu. Des condamnations fusent de partout. Somparé est décrié. « C’est un PDGiste qui n’arrive pas à se défaire des mauvaises habitudes antidémocratiques » dixit un député. « Il n’est pas PDGiste, car ce parti a conduit la Guinée à l’indépendance, dans la démocratie » dixit un parlementaire.
Dans cette logique, la sixième journée des négociations entre le gouvernement et l’intercentrale CNTG-USTG renforcée du syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) et la fédération syndicale des banques et assurances de Guinée (FESABAG), a été consacrée au passage des délégués des syndicats, Rabiatou Serah Diallo (CNTG) et Ibrahima Fofana (USTG) au Parlement.
Mais auparavant, à 8 heures, les députés Momo Bangoura du PDG-RDA et Dr.Mamady Diaré du Parti de l’unité et du progrès, avaient mené des démarches au ministère des Mines et de la Géologie, pour obtenir des syndicalistes « l’amabilité de donner leur version aux députés ».
Ces émissaires sollicitent alors « que l’intercentrale vienne expliquer aux députés les causes de leur refus de lever le mot d’ordre de grève qui a paralysé toute l’étendue du territoire national ».
En même temps, des membres du gouvernement ralliaient le département des Mines et de la Géologie, histoire de vivre une journée de dur labeur. Une seule opinion sur les lèvres « la maladresse de Aboubacar Somparé, cet élu du peuple qui a dérapé ».
Malgré leur « colère » Aboubacar Somparé qui les avait « désavoué la veille » l’intercentrale a accepté l’invitation. A 15 heures, l’équipe de Rabiatou Serah Diallo foule les locaux du Palais du Peuple, siège du parlement. Coïncidence. Le ministre de l’Emploi et de la Fonction Publique y était, « pour s’expliquer sur son projet de budget 2006 et de ses agissements qui ont envenimé la situation sociale du pays ».
A l’annonce de la présence des délégués de l’intercentrale, les débats présidés par Germain Doualamou, premier vice président de l’Assemblée Nationale ont été interrompus, parce que l’honorable Mamady Diawara a estimé que « le ministre Kéïra est un blocage, donc il doit quitter l’hémicycle pour calmer la colère populaire » avant que Somparé n’introduise l’intercentrale. Et Kéïra, accusé de « violation grave de la loi fondamentale qui consacre le droit de grève » par des députés, a pu s’éclipser, se faufiler par une issue de secours.
Syndicalistes et députés sont à présent face à face. En plénière, la rencontre à huis clos a été l’occasion pour les syndicalistes d’exiger ce préalable « nous voulons nous assurer que, ce que nous dirons sera diffusé intégralement par la RTG ». Affaibli par ses précédentes déclarations à la RTG, Somparé accède au préalable.
A titre d’introduction Rabiatou Serah éclaire « je suis une femme, une mère de famille Je donne du lait, c’est cela le rôle de la femme. Si je dois mettre du feu c’est sous la marmite et non dans le pays ».
Ainsi après avoir rappelé à l’honorable Somparé toutes les démarches de la CNTG pour rencontrer ce président de parlement avant le déclanchement du mouvement de grève, Rabiatou Serah Diallo a signifié à Somparé ce que le Guinéen Lambda pense de lui et de ses propos.
« Votre discours a encouragé le débrayage » murmure un syndicaliste qui tenait à se faire entendre. A la fois décidé et inspiré, Ibrahima Fofana de l’USTG a maintenu sa fermeté et exigé « le départ de Ibrahima Kéïra au poste de ministre » comme gage préalable de rétablissement de la paix sociale. « C’est le gouvernement qui a déclaré la grève » dit-il, sans ambages.
Les députés, après avoir suivi la version de l’intersyndicale, décident de la mise en place « d’un comité présidé par l’honorable Henri Tofany Togomou, chargé d’analyser les deux versions des partis, afin de rapprocher les protagonistes ».
Somparé a rencontré les délégués syndicaux en aparté à son bureau pour « supplier d’aller rencontrer le chef de l’Etat immédiatement ». « Non » répliquent les syndicalistes et d’ajouter « allez lui dire d’augmenter les salaires et on verra après ».
Selon des informations, Madame Sérah Diallo a entamé sa sixième année à la tête de la CNTG, depuis jamais elle n’a été reçue par le Chef de l’Etat, alors qu’il est de coutume que celui-là reçoive le secrétaire général de la CNTG. « Donc il était mal indiqué qu’elle le rencontre dans cette circonstance » note un syndicaliste.
A l’issue de leur entretien avec Somparé, celui-ci décide « de se rendre au Palais Présidentiel pour concertation » à la suite de laquelle le bureau de l’Assemblée Nationale « a décidé de renvoyer la session du 1er au 2 mars « pour mener la médiation entre le gouvernement et l’intercentrale et invité le président de Conseil Economique et Social (CES) et le Patronat « de se joindre à la médiation ».
Les discours des secrétaires généraux de la CNTG et de l’USTG ne seront pas diffusés in extenso par la RTG malgré les assurances de Somparé à cet effet. Pour cause, l’intercentrale a ressorti « le manque de respect de certains membres du gouvernement face aux instructions du Chef de l’Etat en faveur de l’amélioration des conditions de vie des Guinéens ».
Somparé dans la mêlée
Au département des Mines et de la Géologie, les négociations ont traîné jusqu’à 21 heure, ce 28 mars 2006, sauf qu’il y a eu du nouveau avec « l’arrivée du Président du Conseil Economique et Social, M.Michel Kamano, à 19 heures environ . Auparavant, depuis 18 heures 35, le comité interministériel de négociation était en conclave avec l’intercentrale sur « l’augmentation du point d’indice de 250 000 francs guinéens à 800 000 francs guinéens » alors que le comité interministériel « s’obstinait à passer le point indiciaire de 210 à 215 ». Ce qui n’était pas de nature « à faire avancer les négociations ».
Le 1er mars, la rencontre tripartite (gouvernement, syndicat et patronat) est annoncée dans la salle des actes du palais du peuple à 9 heures. A 9 heures 30 l’honorable Baniré Diallo a déclaré aux syndicalistes « je suis chargé de vous dire de prendre place dans cette salle et le Président de l’Assemblée arrive incessamment. Ne croyez pas qu’on vous a abandonné. On écoute d’abord les membre du comité ministériel et on viendra vers vous ».
Peu après, l’honorable Mamady Diaré entre et proclame « nous allons vous recevoir différemment pour dépassionner les esprits ». M.Diaré interpellé par un syndicaliste sur la teneur de loi des finances en cours d’examen dira « ce n’est pas sûr que cette loi soit exhaustive car qui sait si les prévisions d’assistance financière extérieures seront effectives ? » Un syndicaliste de répliquer : « donnez-nous la loi des finances, on vous montrera des lignes par lesquelles le gouvernement jette de l’argent par la fenêtre. Ainsi cet argent sera utilisé pour l’augmentation des salaires des travailleurs ».
Le secrétaire général de l’Assemblée Nationale, Mohamed Lamine Touré de promettre « on va vous entendre séparément mais priorité au gouvernement, puisque c’est lui qui doit céder ».
Au Palais, le comité interministériel négociait avec les députés, doublé de certaines centrales syndicales comme l’ONSLG,
A 11 heures 30, le comité ministériel quitte la salle des ministres pour la Primature. Comme le confirme ce fonctionnaire du Ministère de l’Emploi et de la Fonction Publique, las d’avoir trop attendu « ils vont à la Présidence et nous disent d’attendre ».
Mohamed Lamine Touré prévient entre temps « seulement 40 délégués du syndicat et du patronat seront admis dans la salle », une information a suscité un désordre avant l’arrivée de Somparé qui entre et instruit de façon catégorique « aucun journaliste dans la salle ».
Cette entrevue ne dura pas. Car Somparé n’apportait aucune proposition concrète aux syndicats. « Nous attendons le gouvernement mais en attendant, qu’est-ce qu’on peut avoir de vous » interroge-t-on. La réponse a été le retrait des syndicalistes de la salle des actes l’un après l’autre.
Les médiateurs dos au mur
La septième journée de négociation a été marquée par un lamentable « échec » de la médiation de l’Assemblée Nationale (AN). L’Intercentrale CNTG-USTG a estimé que la proposition du gouvernement de rallonger de cinq points d’indice, soit une augmentation variant entre 1 500 et 12 000 francs, selon les hiérarchies. Le gouvernement a précisé que cela ne prendra effet qu’à partir de juillet 2006. « L’Intercentrale a rejeté cette proposition et compte poursuivre la grève jusqu’à la satisfaction totale de ses légitimes revendications » dixit un membre du comité de négociation.
Ce mouvement de grève attire la sympathie des politiques. « Il faut cependant déplorer les agissements de certains responsables opportunistes qui cherchent à politiser ce mouvement syndical pour des raison inavouées » déplore l’Intercentrale dans son bulletin « Info N°11 ».
Ce 1er mars, la médiation de Somparé a accouché d’une souris car « il été démasqué dans son intention de tromper les syndicalistes. Pendant toute la journée Somparé s’est prononcé en tant que porte parole du gouvernement. Nous estimons même qu’il nous rapportait très souvent chez le Chef qu’il prétend avoir abordé en notre faveur » dixit un syndicaliste.
La journée a connu une nouvelle proposition du gouvernement. L’accord de 25 points d’indice ajouté d’une réduction de la RTS de 10% ; ce qui, ajouté à l’augmentions de 25 points d’indice constaté en janvier, portaient la valeur indiciaire des fonctionnaires à 250 points d’indice.
Selon le ministre de l’Economie et des Finances, Madykaba Camara, la réduction de 10% de la RTS donne 25 milliards de francs distribuables au secteur public contre 51 milliards pour le secteur privé. Cet acquis peut servir de base d’augmentation importante des salaires ».
« Il faut annuler la RTS » exige l’Intercentrale, et d’ajouter « d’ailleurs nous voulons que nos salaires soient multipliés par 3 à défaut de 4 » menace t-elle.
Somparé n’est pas « heureux » de les entendre par ce ton exprimant la fermeté, l’exigence dans la revendication. . En retour, le gouvernement propose « une nouvelle augmentation non chiffrée ». Cela sème « la confusion » et les syndicalistes deviennent « plus catégoriques ».
Finalement, la médiation a échoué et « on s’est séparé dos à dos, parce que les syndicalistes ont injurié le président du conseil économique et social » précise un membre du gouvernement.
Ce 2 mars, deux communiqués, un du gouvernement et l’autre conjointement de l’Assemblée Nationale et CES diffusés par la RTG, invitent les travailleurs à reprendre le travail en attendant la fin des négociations. Surtout que cette déclaration de Michel Kamano l’Intercentrale « vous devez comprendre que vous avez pris le pays en otage » lui a coûté cette réplique « Kamano vous avez bien rempli votre mission de conseiller économique du gouvernement tout en renonçant à celle du social. C’est inacceptable pour un homme de votre niveau de responsabilité ».
Les circonstances de la décision de diffuser ces communiqués, un membre du gouvernement «le Chef de l’Etat menace de limoger les membres du gouvernement et c’est pour quoi il y a cette décision ».
Du côté de l’Intercentrale, la déception est grande. « Somparé nous a prouvé qu’il ne peut pas être neutre ne serait-ce que pour la sauvegarde de la paix nationale » a déclaré un syndicaliste coléreux.
A la reprise des travaux du parlement, ce 2 mars, le président de l’AN a déclaré « le ministre Aliou Condé doit participer à une réunion tripartite de stabilisation des prix au ministère de commerce, dans le cadre de ce que vous connaissez » mais l’honorable Somparé n’a pas eu un mot de compassion pour Bangaly Sidimé tué par les forces de l’ordre, le 28 février, « alors que les gens sont sortis après son intervention à la télévision » dénonce un parlementaire.
Somparé boude
Après la septième journée « de tractations émaillées d’intimidations et de menaces d’arrestations, note l’info n°12 de l’Intercentrale, le gouvernement a concédé une augmentation de 55 points d’indice repartis en trois tranches. La première 25 points d’indice accordés en janvier 2006, la seconde, 20 points concédés lors des négociations du 1er mars et la troisième une réduction de 10% de la RTS, ce qui représente 10 points selon le ministre de l’Economie et des Finances. Cette augmentation de 20 points d’indice représente pour un fonctionnaire de hiérarchie A dont l’indice est à 2 100, la valeur de 42 000 francs taxables ».
La huitième journée de négociation avec l’Intercentrale CNTG-USTG semblait favorable à la signature d’un protocole d’entente, arraché de haute lutte par la vice-présidente du CES, Madame Guilao Joséphine Léno, quand une histoire de communiqué a changé la donne. Appelée au secours, Madame Léno, ancienne ministre de l’Emploi et de la Fonction Publique -doublée de Hadja Gnouma Traoré présidente de REFAO, de M.Ibrahima Camara, secrétaire général du Ministère des affaires sociales, des honorables Hadja Djénabou Sylla Diallo, Pierrette Tolno, Gbély Aribot a obtenu de l’Intercentrale une entente qui prévoit la multiplication des salaires par 2 échelonné en 3 tranches. Il a été question de porter les points d’indice de 210 à 410. Cette augmentation devait intervenir en avril et septembre 2006 et, la dernière en décembre 2007.
Ce délai devait permettre au gouvernement de poursuivre ses négociations avec l’Union Européenne, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International afin d’obtenir une aide budgétaire et ainsi corriger la loi des Finances 2006 en juin. Pour prendre en compte, les augmentations salariales.
Ce message, les syndicalistes l’avaient accepté avant de suggérer la rédaction d’un protocole d’entente. Hadja Gnouma Traoré a été très active pour son élaboration.
Cependant, en aparté, des syndicalistes regrettaient « que vous soyez venue tardivement Madame Guilao, parce que avec vous on aurait levé cette grève il y a longtemps ».
A 21 heures, le protocole a été soumis au Président du Parlement, Aboubacar Somparé, à son bureau. Les partis s’accordent de publier un communiqué suspendant la grève. « M.Ibrahima Fofana est chargé de rédiger le projet du communiqué et Rabiatou Sérah Diallo est d’accord » précise cette communication téléphonique d’un membre du comité de négociation à son ministre.
Avant de quitter Somparé, l’intercentrale n’avait que cinq minutes pour qu’une équipe de la RTG vienne enregistrer les déclarations des deux secrétaires généraux. Voilà où tout a changé. « Il faut consulter la base avant de suspendre la grève » soutiennent des élus de l’USTG, « non, on va lever la grève parce qu’il y a maintenant des acquis. N’oubliez surtout pas que nos militants sont pauvres et ils souffrent de cette grève » rétorque un syndicaliste de la CNTG plutôt consensuel.
Il était 23 heures quand les médiateurs ont été priés de quitter la salle « pour une question de procédure ». Début de frustration ! Madame Guilao pique une colère noire. Somparé las d’attendre « est rentré à domicile » mais avant il s’est fait représenter par M.Mohamed Lamine Touré s/g AN qui précise « le Président Somparé est parti à la maison et j’étais là pour le représenter mais je m’en vais aussi. Vous allez récolter les conséquences, je vous le jure ». Affichant une grande fatigue, M.Touré quitte les lieux.
Justement, les conséquences de la grève sont estimées par un membre du gouvernement à $ 1,9 millions US de perte par jour. Tandis que le dollar a chuté sur la marché noir de 5 200 à 4 500 francs guinéens.
Madame Guilao et compagnie menacent de s’en aller « parce que ces syndicalistes veulent ridiculiser tout le monde ». Et Madame Guilao de briser le tabou « vous avez pêché contre le peuple de Guinée et vous n’ignorez pas que le gouvernement peut ne pas payer les jours de grève. J’ai découvert des syndicalistes égoïstes dans vos rangs. Vous m’avez déçue parce que j’espérais aboutir à de bons résultats mais hélas. Vous m’avez traîné jusqu’à cette heure, je retourne chez moi ».
A une heure du matin, les divergences intersyndicales ont failli séparer la CNTG de l’USTG parce que des syndicalistes de la CNTG « regrettaient leur mariage avec l’USTG ».
L’intercentrale a décidé de convoquer une assemblée générale pour le 4 mars « pour discuter s’il faut reconduire le mot d’ordre de grève ».
Madame Guilao Joséphine désamorce la crise
Après avoir avalé quelques écarts de langage de certains syndicalistes, la facilitatrice des négociations entre l’intercentrale CNTG-USTG, Mme Guilao Joséphine Léno, a usé de sa diplomatie pour arracher « le Protocole d’Accord de négociation entre le Gouvernement, le Patronat et l’Intercentrale » tardivement ce 3 mars, au Palais du peuple. Le secrétaire général de l’USTG, M. Elhadj Ibrahima Fofana et celle de la CNTG, Hadja Rabiatou Sérah Diallo « n’ont pas cédé face à la corruption pour suspendre la grève ». Ils n’ont surtout pas été tentés par les larmes de crocodile « des dizaines de messagères du gouvernement ».
Une question de suspension de grève avant minuit ce 3 mars embête la Sécrétaire générale de la CNTG. Elle quitte la salle des ministres « moi je rentre » dit-elle, « tu ne rentreras pas et tu ne feras pas seule la déclaration » réplique un syndicaliste. Rabiatou est obligée de reprendre sa place parmi les siens. Patience !
Néanmoins, la facilitatrice après moult tractations, obtient cette déclaration de M.Fofana « nous avons pris la décision de suspendre la grève et demandons aux travailleurs et travailleuses de reprendre le travail sur toute l’étendue du territoire national, le samedi 4 mars 2005 ».
Pour la secrétaire de la CNTG, Rabiatou Serah Diallo « si à l’Assemblée nationale j’avais dit que je n’allume le feu que sous la marmite, maintenant, je peux bien l’allumer car j’ai quelque chose à y mettre pour bouillir ».
Place à la revendication des primes de négociations « le gouvernement a promis de les payer et je vous prie de patienter » fait remarquer un négociateur. Et le montant à décaisser par le gouvernement reste encore un secret de polichinelle.
La diffusion de ces messages par la RTG a suscité des frustrations dans les rangs de l’USTG qui considère « que la voix de son secrétaire général n’a pas été diffusée en même temps que celle de Rabiatou Serah Diallo ». Cependant, le journaliste du bureau de presse de l’AN explique « tous les techniciens de la Radio étaient absents à cette heure et c’est pourquoi ce décalage ». Cette explication ne calmera pas le jeu.
Auparavant, les parties avaient décidé, en ce qui concerne l’augmentation des salaires des travailleurs de porter la valeur du point d’indice de 210 à 240 pour les travailleurs de la Fonction Publique à partir du 1er avril 2006 et, les travailleurs du secteur privé et mixte, cette celle-ci se fera par voie de négociation.
Il a été convenu de la réduction de 10% de la RTS pour tous les travailleurs à partir d’avril prochain. L’application du protocole de 2004 signé entre l’intersyndicale de l’éducation et le gouvernement, la finalisation du statut particulier des enseignants chercheurs de Guinée, la remise des primes de craie et de fonction suspendues suite à l’assainissement, la prise en charge financière des admis aux examens professionnels de passage de hiérarchie, la valorisation du point d’indice de 152 à 162 pour les retraités, sont entre autres des promesses du Protocole d’accord.
Le gouvernement s’est également engagé de rembourser sa dette à la caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), au paiement régulier des cotisations patronales et ouvrières, au règlement des arriérés de paiement des pensions des travailleurs de la Compagnie des bauxites de Guinée (CBK) de Alumina Company of Guinea (ACG), au paiement des retraités par virements bancaires, à la prise en charge de tous les fonctionnaires recrutés et l’avancement en grade et échelons et à l’homologation et au contrôle efficace des prix des biens de grande consommation.
Le fait « majeur » a été la mise en place d’un comité national consultatif permanent pour pallier au déficit de dialogue social. Comme le confirme le président de l’AN, Aboubacar Somparé « les négociations ont permis de découvrir qu’il y a un déficit de dialogue social. Ce protocole stigmatise cette situation. Maintenant que le contact permanent est instauré, il sera un gage de paix sociale ».
Le protocole stipule que « le relèvement de l’âge de départ à la retraite de 55 à 60 ans pour les cadres de Hiérarchie B et C et à 65 pour les cadres de hiérarchie A est en examen au niveau du gouvernement.
Le syndicat a également obtenu l’arrêt des tracasseries policières sur les transporteurs et le déblocage des élections syndicales à la banque centrale avant le 1er mai 2006.
A la cérémonie de signature dudit protocole, à 2 heures 30 du matin, le président Somparé a ignoré le conseil économique et social et Madame Guilao Joséphine Léno de plaisanter « les efforts du CES ont été occultés alors que cette institution a joué un rôle fondamental » et Somparé de renchérir « vous avez raison Madame, mais sachez que même le représentant du Chef de l’Etat (Doura Chérif) a été ignoré ».
Le 4 mars, à 11 heures Rabiatou Serah et Ibrahima Fofana, la main dans la main ont été accueillis en Héros par les militants à la bourse du travail. Chants et danses, ont meublé la rencontre. Au meeting, elle indique que « même les mendiants ont observé la grève, parce que ce qu’on leur donne ne les suffis plus » et profite pour maudire « les syndicats jaunes ». Hadja Rabiatou Serah a déclaré en substance que le mouvement est purement syndical.
Louis M’Bemba Soumah du SLECG a déclaré que la peur est finie « la pauvreté, nous allons l’anéantir de haute lutte et le monde a compris que le syndicat est capable quand il le décide ».
Selon M.Ibrahima Fofana « les communautés guinéennes de l’extérieur ont décidé de collecter des fonds pour soutenir les guinéens à travers le syndicat. Ils peuvent être sûrs de notre disponibilité à continuer la pression pour que cesse la gabegie dans ce pays ». Ce meeting a été une véritable fête de réjouissance, de la réussite « du mariage CNTG-USTG, même si des observateurs avaient prédit des dérapages ».
Aboubacar Akoumba Diallo
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