LauroreBANANKÖRÖ

Contrebande des diamants, entre trafic intense et compromission

Un article de ABOUBACAR AKOUMBA DIALLO

 

La Guinée est une petite productrice de diamants en Afrique. La coordination nationale des diamantaires et orpailleurs de Guinée (CONADOG) est le point focal des artisans qui ont produit en 2005 une quantité de 523 735, 5 carats.

 

La taxe à l’exportation de l’Etat est de 3%. Le pays compte 22 comptoirs de commercialisation des diamants, affiliés à la CONADOG. Parmi lesquels Guinée GEMS qui a réalisé une vente de 55 012,81 de carats (31,75% des exportations) pour un chiffre d’affaire de $17 712870,88 US suivi de SIGMA et CIKO avec une exportation de 62 612, 27 carats (21,45%) à une valeur de $ 11 963 889,84 US. Au total, les 22 comptoirs ont totalisé 523 669,89 carats pour un chiffre d’affaires de $ 55 781 884,64 US. La situation de cession des devises des diamantaires à l’Etat est tout autre. Sur une prévision de $ 6 917228,80 US seulement $ 4 651 855 US ont été cédés. Le comptoir « Daouda Diamond » du Président de la CONADOG, El hadj Daouda Cissé excelle dans le refus de cession, sur une estimation de $ 200 000 US.

 

Malgré ce qui précède, certains des 27 membres de la CONADOG seraient devenus des parrains des exploitants artisans des diamants dans la région de Kindia. Alors qu’en 1998 le gouvernement avait interdit cette exploitation. Parce que Kindia alimente Conakry en eau, électricité et fruits. La demande de la CONADOG pour la réouverture des carrières de Damakhaya est toujours en examen par le gouvernement.

 

A Samoroya sous-préfecture de Damakhaya, le lit de la rivière « Yéssodé » est complètement détruit, par des exploitants. Plus de 50 puits sont ouverts dans les carrières de Kébéya, Horé Pété, Gouléya, Foulayah, Manyima.

A Yéssodé 35 creuseurs laveurs rivalisent d’ardeur sur 7 puits. Deux militaires délégués par le Camp Kémé Bouréma, assurent le maintien de l’ordre. « Regardez les instruments avec lesquels ces gens travaillent ; à cause d’une petite pierre, ils peuvent s’entre- tuer. C’est pour cela que nous sommes là pour parer à toute velléité » déclare un militaire.

 

Le constat a permis de comprendre cette réalité. Les mineurs n’aiment pas qu’on les photographie, sans leur verser « le prix de colas ». « Nous souffrons ici, creuser toute la journée pour obtenir 1 500 francs le soir et 10 pots de riz, n’est pas chose facile. A la fin du mois, nous recevons 6 000 francs pour frais de logement. Si nous ramassons les pierres dans des conditions difficiles, les patrons nous versent nos droits de 10% des diamants » se lamente un laveur apparemment affaibli et rabougri par les intempéries.

Les notables du village de Samoroya sont au aguets. Une délégation passe la journée sur les lieux pour surveiller « la récolte ». « On est là juste que pour une éventuelle part de la manne si on trouvait un diamant » note un adulte.

 

Avez-vous vendu ces parcelles ? « Non, aucune parcelle n’est vendue aux exploitants. Les diamantaires de la CONADOG nous donnent 80 000 francs pour le prix de colas par parcelle de deux mètres carrés. Après exploitation, ils ont obligation de remplir les fossés de terre et de sable, car ces lieux nous servent des champs de cultures vivrières ».

 

Trois surveillants pour un laveur, c’est la règle de jeu. Le premier assis en face du laveur est chargé de reprendre les pierres. Le second posté à 2 mètres, surveille les réceptionnistes des pierres, pour éviter qu’il n’en soustraient. Le troisième surveillant, jugé plus sévère, fait le pied de grue sur l’argile qui regorge les graviers, voisins directs des diamants. « Quitter ! Vos questions me distraient et cela porte un grand préjudice, car les autres vont voler les pierres ».

 

Très hargneux, ajoute le surveillant « vous voulez des informations, allez voir Elhadj Bouna Kéïta à Conakry. D’ailleurs je dois arrêter de parler avec vous car on m’a fait signe qu’un diamant vient d’être trouvé par le cinquième 5ème laveur ». On n’a pu rencontrer Elhadj Bouna absent de Conakry. Toutefois nos enquêtes ont recelé qu’Elhadj Bouna Kéïta est collecteur évaluateur des diamants et pierres gemmes, propriétaire de « Bouna International Transport SARL ». Il semble qu’il n’a pas adhéré à la CONADOG.

 

Nous sommes interpellés par un creuseur. Son témoignage est accablant. « Nous avons trouvé 9 grains de diamants, mais nos patrons nous tournent toujours en rond. Personnellement, j’ai des pierres sur moi si vous êtes intéressé dites-le, avec votre adresse je vous retrouve avec « le luck »( chance) et nous pourrons faire de bonnes affaires, mais avant il faut jurer que vous ne direz pas mon nom à Elhadj Bouna Kéïta, une fois à Conakry ».

Un chef d’équipe déclare « il y a des pierres ici. On peut ramasser 8 à 9 pierres de 8 à 15 carats par semaine, mais notre condition n’a pas changé. Les 15 membres de la CONADOG qui opèrent dans ces carrières n’ont pas pitié de nos enfants qui n’ont pas les moyens d’aller à l’école pour ne pas être comme nous ».

 

A Kindia, ce dimanche 5 mars, ni le préfet, ni le gouverneur, encore moins le commandant du camp Kémé Bouréma, ne sont accessibles. A Conakry, Elhadj Daouda Cissé dit ignorer cette pratique. « Nous menons des démarches pour qu’on rouvre officiellement les carrières de Kindia et Forécariah comme à Banankoro, mais de là à dire que l’exploitation est en cours, la CONADOG n’est pas informée. Et si cela s’avère, elle ne tolérera pas cette violation des prérogatives de l’Etat par des membres de notre structure, qui se veut un support de l’Etat dans la régulation de l’exploitation artisanale des diamants et de l’or ».

 

Le Bureau national d’expertise des diamants et matières précieuses (BNE), organe légal pour la certification des diamants avec les critères du processus de Kimberley n’est pas au bain de cette exploitation frauduleuse. Son directeur Mohamed Gandéka, déplore cette pratique tout en souhaitant la réglementation « pour que cesse cette fuite des montants importants de l’économie nationale ».

A la Direction nationale des Mines, l’on estime que depuis le 18 juin 1998, le Chef de l’Etat avait demandé au ministre des Ressources Naturelles d’alors, Facinet Fofana (FF) de prendre un arrêté interdisant cette pratique. Cet ancien ministre qui a quitté Conakry serait d’ailleurs très intéressé au pétrole Guinéen. M.Fofana aurait rencontré le Premier ministre, cellou Dalein Diallo, avant de reprendre son vol ce 5 mars « sous haute couverture policière ».

Le directeur Moumini Sylla estime que « la protection de la zone avait été confiée aux autorités préfectorales. La cellule de coordination des artisans avait été supprimée pour cette raison ».

 

Un cadre du ministère des Mines et de la Géologie confirme « la protection de la zone relève du Comandant de zone militaire. Le département des Mines n’y est pour rien ». D’ailleurs une mission conjointe des ministères entre autres des Mines, de l’Administration du Territoire et de l’Environnement, vient de déposer ses conclusions qui recommandent « la mise en exploitation des carrières dont les cautions pourraient servir au reboisement de celles fermées en 1998 ».

 

Le service préfectoral des Mines et carrières de Forécariah se trouverait dans l’embarras. La distribution des parcelles de 16 mètres carrés dans les districts de Forécariah, Madina, Maliguya, Couriya, Bambaya et Coboto est toujours chaotique. Le Partenariat Afrique Canada s’inquiète de la confusion à partir de cette zone.

Les creuseurs croisés à Kindia et Forécariah sont en majorité des Libériens et Sierra Léonais. « La Sierra Leone compte environ 120 000 creuseurs frappés par une taxe à l’exportation de 3%. Mais le Président Ahmed Tidjane Kabah vient de signifier son intention de ramener cette taxe entre 4 et 5% ce qui explique la ruée vers la Guinée. Aujourd’hui les pierres trouvées par nos amis qui s’y débrouillent passent par nous pour être évacuées sur Conakry » raconte un creuseur rencontré à Forécariah.

 

Etes-vous un élément du Front des Libériens Unis (RUF) ? « Non ! Mais j’ai fais le service militaire obligatoire, avant de fuir la guerre civile en Sierra Leone. Je prospère et je souhaite demeurer là pour le reste de ma vie car il est plus facile d’écouler les pierres en Guinée qu’en Sierra Leone » a-t-il répondu.

Un creuseur Libérien rencontré à Yéssodé, déclare ne jamais renier ses liens sanguins avec Charles Taylor pour vivre en Guinée. « Il a quitté le pouvoir, mais il est toujours au Libéria. Partout où nous serons, il est, car c’est avec son mouvement que nous avons appris ce travail dur mais source de prospérité » confie-t-il.

 

Du 23 au 28 avril 2005, une délégation du Processus de Kimberley conduite par M.Tim Martin et comprenant MM. Aubert Mwilambwe Kakudji, George Coakley, Mark Van Bockstael et Susie Sanders, a évalué la certification des diamants Guinéens. Séjour pendant lequel, l’Association pour la recherche et l’exploitation des diamants et de l’Or (AREDOR) a fait objet d’un sévère diagnostic.

Le rapport de mission depuis 2003, a fait comprendre que la direction nationale des Mines ne dispose pas de rapport de production fiable d’AREDOR. A cette date la production d’AREDOR a été 28 772 carats. En 2004, un colmatage extirpe une production de 40 119 carats.

La délégation a constaté que la pénalité de retard de certification d’un diamant d’origine Guinéenne est fixée à 2 millions de francs et que cela pourrait augmenter si la procédure traîne.

 

 

La délégation a appris la découverte de 30 kimberlites à des profondeurs atteignant 800 mètres dans les zones de Kissidougou, Kérouané, N’Zérékoré et Macenta. Six de ces kimberlites se trouvent à Kérouané et d’autres indices sont signalés dans la vallée de la rivière de Bimboko. Selon le rapport de la délégation, la réserve est estimée entre 25 et 30 millions de carats pour le diamant alluvionnaire.

La mission du processus a recommandé une réglementation plus soutenue de l’exploitation artisanale des diamants pour sauvegarder la stabilité du pays. Toutefois la porosité des frontières Guinéennes avec le Liberia et la Sierra Leone peut engendrer une fraude et une contrebande généralisées.

 

Néanmoins il faut déplorer la hausse des prix des légumes, pastèques, mêlons, fruits, autrefois cultivés dans ces zones. Egalement, les sites hydroélectriques de Samou et Donkéya sont ensablés à la suite de cette exploitation illicite de diamants.

Aboubacar Akoumba Diallo

 

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